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A Quiet Place

Je viens de voir ce film, et j'ai besoin d'évacuer ça.
Je n'ai pas trop aimé, non.

A Quiet Place

2
Année
2018
Genre
Une histoire de clou

Le pitch : de méchants aliens ont envahi la Terre. Ils sont aveugles mais très sensibles d'oreille, donc il faut essayer de vivre sans faire le moindre bruit.

Le résultat : Un film avec un concept original, mais complètement gâché par une écriture paresseuse et bourrée d'incohérences.

Je suis ce qu'on appelle un "bon public" (ce n'est pas toujours un compliment mais peu importe). Quand je découvre un film, j'ai tendance à me laisser porter, je n'essaye pas de deviner la fin ou d'analyser tout ce qui se passe, et ma capacité de suspension d'incrédulité a tendance à l'emporter sur mon esprit critique. Mais ce film était un tel festival de facepalms que j'ai littéralement fait une pause, vingt minutes avant la fin, pour aller voir ce que les critiques en disaient. Et j'ai été complètement stupéfait de découvrir que la note moyenne sur IMDB est de 7,5. Je ne comprends pas. 82% sur Metacritic, ce qui en fait un "must see".

Je. Ne. Comprends. Pas.

Certes, le film sort du lot avec un parti-pris relativement courageux puisqu'il est presque entièrement muet (les personnages communiquent en langage des signes, sous-titré). Il doit y avoir une trentaine de répliques parlées en tout et pour tout, sur une heure et demi de film. Ce n'est pas banal, on est d'accord. Mais un concept original (et une bonne direction d'acteurs) ne suffit pas à faire un bon film : encore faut-il soigner l'écriture, et c'est là que le bat blesse. Ce film est un festival de McGuffins absurdes, de péripéties qui ne servent à rien, et de personnages dont le comportement est dicté non pas par leur logique interne, mais par la nécessité du scénario.

Enfoui derrière tout ça, il y a peut-être matière à une réflexion intéressante sur la famille (original) ou la communication, mais les incohérences et absurdités du scénario sont trop nombreuses pour que j'arrive jusque là.

Pour lister en vrac les points qui m'ont semblé absurdes ou mauvais (SPOILERS, évidemment) :

  • Première scène : dans des circonstances mortellement dangereuses, on laisse traîner l'enfant le plus jeune du groupe à l'arrière, sans surveillance. La suite ne vous surprendra pas. Applaudissements.
  • Les jump scares : tellement prévisibles et faciles. Notre héros regarde par la fenêtre dans le silence le plus complet, et deux gros rongeurs tombent du toit juste devant son nez en poussant un hurlement strident, avant de disparaître dans la nuit. Parfaitement crédible (non) et utile pour le développement de l'histoire (non plus).
  • Le clou : la mère monte un sac de linge du sous-sol, le sac s'accroche à un clou dans l'escalier. Plutôt que de faire marche arrière et voir pourquoi ça coince, elle tire avec obstination, jusqu'à ce que ça lâche et qu'elle en perde l'équilibre. En temps normal ce n'est pas un comportement intelligent, mais dans les circonstances du film c'est particulièrement stupide.
  • Le clou, le retour : c'est un truc minuscule, mais il joue un rôle important et ça m'a travaillé pendant la moitié du film. Pourquoi un clou est-il ainsi planté, à l'envers (la pointe en haut), au milieu d'une marche d'escalier ? Je sais bien qu'il a été redressé lorsque la mère a tiré sur son sac de lessive, mais pourquoi est-il là ? Il ne sert réellement à rien, n'est rattaché à rien, ne tient rien en place. Il ne fait que traverser la planche. Et pourtant quelqu'un a dû le planter là, en tapant dessus, avec un marteau, par en-dessous, jusqu'à ce que le clou dépasse de plusieurs centimètres. En plein milieu d'une marche d'escalier. C'est juste un McGuffin, évidemment (tout part en couilles à cause de lui), mais c'est probablement le McGuffin le plus stupide que j'ai jamais vu.
  • L'inondation : si vous oubliez de fermer le robinet de la baignoire, au bout de quelques heures vous avez quasiment un mètre d'eau dans la cave. Crédible. Mais rassurez-vous, ça n'a pas la moindre importance pour la suite des événements.
  • L'appareil auditif : l'appareil auditif de la fille émet un son strident à proximité des aliens. Pourquoi ? Quelle est la logique ? J'ai loupé un truc, ou c'est juste un TGCM ?
  • Le liquide inflammable : ça n'a aucune importance pour le scénario, mais voir une gamine alimenter un feu en l'arrosant de liquide inflammable directement projeté depuis la bouteille m'a semblé être une représentation tellement irresponsable que j'ai dû me repasser la scène pour m'assurer d'avoir bien vu. (Ensuite elle secoue la bouteille vide au-dessus des flammes pour en faire sortir la dernière goutte. Non. Il ne faut vraiment pas faire ça..)
  • Le silo : les deux enfants tombent dans le maïs qui fonctionne comme du sable mouvant. La sœur disparaît entièrement en quelques secondes. Couché sur une porte métallique qui est tombée en même temps qu'eux, son petit frère parvient à la sortir comme s'il soulevait une poupée. Bien sûr. L'instant d'après ils sont rejoints par un alien et s'abritent sous cette même porte : miracle, malgré le poids de la porte (et l'alien qui tape dessus), ils ne s'enfoncent plus dans le maïs !
  • Le sacrifice : armé d'une hache, le père décide de jeter celle-ci à terre et de laisser l'alien le tuer afin de sauver ses enfants. Ben oui, pourquoi essayer de se défendre et peut-être blesser l'alien au passage, hein. Ou s'enfuir en attirant l'alien, ce qui donnerait plus de temps aux enfants et offrirait peut-être au père une chance de s'en tirer. Mais nooon, c'est important de mourir. Exemple parfait de comportement stupide dont la seule justification est "le scénariste veut une scène héroïque pour finir le film".
  • Le sacrifice, la suite : en plus d'être un comportement stupide, j'ai énormément de mal avec le fait que cet acte soit dépeint comme une forme de résolution des tensions avec sa fille. Résumons : la fille se sent coupable de la mort de son deuxième petit frère (début du film), et elle s'est persuadée que son père lui en veut et ne l'aime plus pour cette même raison. Arrive la grande scène : le père lui dit "je t'ai toujours aimée", juste avant de se faire volontairement déchiqueter vivant, devant ses yeux, pour lui permettre de s'enfuir. En plus du traumatisme (ultra-violent) de voir son père mourir ainsi, la fille peut désormais culpabiliser que son père soit mort pour elle et qu'elle a été obligée de l'abandonner, ce qui va sans doute se combiner merveilleusement bien avec le sentiment qu'elle est déjà responsable de la mort de son frère. Bien joué papa, ça c'est de la belle résolution toute en douceur. Mais au moins tu as pu prouver que tu étais un héros.
  • La "révélation" : j'ai réellement éclaté de rire lorsque, durant la scène finale, la caméra s'est lourdement arrêtée sur l'inscription encadrée en rouge "quelle est leur faiblesse". Voyons voir, ils sont aveugles, indestructibles, et ils ont l'ouïe ultra-sensible. Leur organe auditif est un amas de chairs tendres et vibrantes qui se met largement à découvert dès qu'ils entendent un son. "Quelle est leur faiblesse". Insondable mystère, effectivement. Non mais sérieusement, l'ouïe est leur seul mode d'orientation, et absolument personne parmi les scientifiques, les militaires ou l'ensemble de l'humanité, n'a pensé à en tirer parti auparavant ? Vraiment ?
    (Humour probablement involontaire, mais littéralement dix centimètres à droite de la question "WHAT IS THE WEAKNESS", on peut voir une coupure de journal titrée "IT'S SOUND". J'aurais bien ajouté ", STUPID".)
  • Les aliens : soit-disant indestructibles à cause de leur carapace, mais celle-ci est constituée de nombreuses parties mobiles, dont la tête qui s'ouvre comme une tulipe pour un oui ou pour un non, et au final la mère en abat un d'un seul coup de fusil à pompe. Par contre les armées du monde se sont faites massacrer. Crédible.

Je pourrais en lister d'autres mais je vais m'arrêter là. Je ne peux que répéter mon incompréhension face au succès critique qu'a rencontré ce film. Pas grave, évidemment, mais ça me surprend sincèrement.

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