Tous les textes du site sont © CEL2 2001. Toute reproduction, même partielle, est formellement interdite sans le consentement de CEL2.

Quelle est la logique du luc2 ?

On ne sait pas encore d'où le luc2 vient, ni où il va, mais il est indubitable que l'humanité a beaucoup à retirer de l'étude du luc2. Et ceci non seulement dans le domaine de la logique et de la psychiatrie clinique de pointe, mais également dans celui des mathématiques, des théories et de l'histoire de l'art, de la philosophie (principalement les branches de la morale et l'épistémologie) et bien d'autres.

Car le luc2 fait partie de cette espèce de plus en plus rare des gens qui se sont "faits tout seuls" (qu'il se soit raté ou non ne sera pas débattu ici, une approche scientifique se devant dêtre détachée de tout jugement de valeur par trop arbitraire). A ce titre il a développé un univers perceptif totalement original, fait d'un réseau très serré de règles, d'échelles de valeurs, d'a-priori et de préjugés qualitatifs qui entretiennent une certaine cohérence interne (cohérence certes très limitée, mais qui n'en existe pas moins).

Il faut d'ailleurs souligner que le qualificatif de trolleur ne lui est définitivement pas adapté : le luc2 est sincèrement convaincu par tout ce qu'il dit. C'est beaucoup plus grave qu'un simple troll. Il pourrait donc être intéressant de formaliser la logique qu'utilise le luc2 dans ses raisonnements.

Voyons donc sur quoi repose l'univers discursif du luc2. On peut d'ores et déjà dégager, à partir de la masse de messages que le seul spécimen de luc2 connu à ce jour émet quotidiennement sur le groupe de discussion déjà cité, un ensemble de règles auxquelles le luc2 semble obéir avec une confiance aveugle.

Première règle du luc2 (règle de base, dite aussi règle d'or du luc2) :

Une affirmation est soit absolument vraie, soit absolument fausse.

Il n'y a pas de troisième possibilité, et toute valeur de vérité est valable en tout lieu, en tout temps et pour toute personne, sans discussion possible. Ce qui est vrai (ou faux) pour le luc2, l'est également pour l'humanité toute entière. Cette règle est applicable dans n'importe quel domaine et sur n'importe quel sujet, sans aucune restriction d'aucune sorte.

On entre donc de plein pied dans un univers dualiste et manichéen, réducteur et simpliste, mais qui présente l'avantage d'être non-ambigu, explicite et discret, et par conséquent facilement compréhensible et manipulable, ce qui est probablement la raison pour laquelle le luc2 y est tellement attaché : entretenir une vision du monde complexe et nuancée demanderait trop d'effort, à commencer par l'abandon d'habitudes mentales extrêmement confortables. D'ailleurs cet univers de croyances enfantines procure à celui qui y vit un sentiment exaltant (bien que largement illusoire) d'omniscience et de supériorité sur les autres (sentiment que le luc2 ne se gêne pas d'extérioriser).

Deuxième règle du luc2 :

Lorsque deux personnes ne sont pas d'accord sur un sujet (quel qu'il soit), il y en a forcément au moins une qui a tort.

Ici encore, nous devons parler en terme d'absolu et refuser catégoriquement la possibilité d'autres points de vue, d'autres schèmes interprétatifs parallèles et non antagonistes. Le luc2 raisonne exclusivement en terme de conflits. Dans toute discussion il faut un vainqueur et un perdant. On retrouve ici le manichéisme primaire que la première règle du luc2 laissait prévoir.

Troisième règle du luc2 :

Dans une discussion entre deux individus (que nous nommerons A et B pour plus de clarté), si A ne parvient pas à prouver que B a tort, alors cela prouve, implicitement, que c'est lui (A) qui a tort.

Cette règle a été formulée (en des termes légèrement différents) par l'intéressé lui-même. Elle découle très logiquement, elle aussi, de la première règle du luc2, et est assez proche de la deuxième. Cette règle explique pourquoi le luc2 accorde tant d'importance au fait de convaincre définitivement et complètement ses interlocuteurs. Dans l'univers largement virtuel qui est celui du luc2, la victoire dans une discussion est une simple question de survie; la défaite, un symbole de mort. La problématique existentialiste qui sous-tend cette attitude n'aura échappé à personne.

Car il convient de noter que, étant donné que ce réseau de croyances s'est largement consolidé dans le contexte des groupes de discussion, les mots en représentent une composante importante et même vitale. Les participants aux newsgroups se rencontrent sous forme immatérielle et désincarnée, et ils n'ont d'existence qu'au travers des mots qu'ils utilisent pour exposer leurs idées. Aussi la conception du monde du luc2 est-elle très largement conditionnée par une sorte de pensée symbolique qui prête aux mots un pouvoir quasi-magique sur la réalité : pour utiliser une image bien connue, on peut dire que pour le luc2, une carte géographique a plus d'importance que le terrain qu'elle représente, et agir sur la carte revient à agir sur le terrain.

Ce schème de pensée solipsiste et verbaliste n'est jamais exprimé tel quel par le luc2, et il n'est probablement même pas ressenti consciemment, mais il existe bel et bien et permet d'expliquer la concentration peu commune de sophismes et autres tautologismes que l'on rencontre dans le discours du luc2, et surtout la valeur de vérité très élevée que le luc2 accorde à ces constructions fallacieuses (mais séduisantes).

La vérité est donc synonyme de pouvoir, et celui qui ne la détient pas est promis à la mort --une mort symbolique évidemment, mais que le luc2 ressent comme bien trop réelle (son mode de perception monochromatique ne lui permettant pas de prendre le recul suffisant pour faire la distinction entre sens propre et figuré, entre pensée rationnelle et symbolique).

Quatrième règle du luc2 :

Un jugement de valeur peut devenir un fait s'il est exprimé avec suffisamment de véhémence.

Le langage est utilisé par le luc2 comme une arme, et s'il se veut efficace, il se doit d'être brutal (d'où l'emploi fréquent de mots ou même de phrases en majuscules, de nombreux points d'exclamation, de copier-coller massifs et répétés sans distinction précise du contexte, etc). Cela rejoint nos considérations précédentes concernant l'agressivité fondamentale et inhérente à tout échange d'idée selon le luc2 (un "échange d'idée" étant en réalité un combat à mort, dans son optique). Cela appuye également notre hypothèse selon laquelle le luc2 perçoit toute discussion comme une lutte pour sa survie.

Cinquième règle du luc2 :

Il n'est pas nécessaire d'utiliser les mots justes, ni même de mots existants; l'important est de savoir ce que l'on veut dire. Si cette condition est remplie, alors tout le monde comprendra ce que l'on a voulu dire.

Cette règle découle elle aussi de la première règle du luc2, et plus précisément de son corollaire, qui dit que "la vérité unique", ultime et incontestable, existe bel et bien, quel que soit le domaine abordé ou le thème traité. En outre, en vertu du pouvoir magique que le luc2 accorde aux mots, on comprend que cette vérité doit rayonner avec un tel éclat qu'il est impossible à quiconque de ne pas la reconnaître et de ne pas la comprendre.

Cette négation sans appel du relativisme des opinions subjectives est en total accord avec la règle d'or du luc2; elle lui est nécessaire pour lui permettre d'entretenir le sentiment d'omniscience, de toute-puissance et de supériorité dont nous avons déjà parlé --et, de façon plus générale, pour lui éviter toute remise en question qui serait par trop douloureuse.

Voilà donc l'état des connaissances actuelles en ce qui concerne le luc2 et son mode de raisonnement. Certaines des règles énoncées se verront probablement infirmées par des observations plus précises, mais c'est le chemin normal qu'emprunte toute science nouvelle.

A noter que le site de l'IFL2 (Institut de Formation des luc2) propose un questionnaire qui permet au lecteur d'estimer son degrĂ© de lucĂ©tude. Ce questionnaire est partiellement le fruit des recherches du CEL2. à compléter

Retour à la page principale