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Children Of Men

Children Of Men

Il y a trois mois, j'avais évoqué ici le trailer de Children Of Men, film d'anticipation réalisé par le Mexicain Alfonso Cuarón (Y tu mamá también, Harry Potter and the Prisoner of Azkaban), et j'avais exprimé quelques craintes sur un film qui semblait partir d'un postulat simple mais frappant ("d'ici quelques années, toutes les femmes du monde, pour une raison inconnue, deviennent stériles; d'ici trente ans, le monde, privé d'avenir, est au bord du chaos") pour déboucher sur un méli-mélo un peu gentillet ("on a trouvé une femme enceinte, c'est un miracle" et "les plus grands scientifiques se sont réunis et travaillent à la création d'un monde meilleur, il faut les rejoindre"), et une fin probablement consensuelle et décevante.

Ma crainte était injustifiée et la surprise a été de taille. Cuarón a clairement choisi de réaliser un film aussi réaliste que possible, et le résultat est particulièrement sombre, cru et brutal. Le début, un tout petit peu mou, ne m'a pas immédiatement captivé, mais passé ce cap, la réalisation s'avère redoutablement efficace et le film ne nous lâche plus. Certaines critiques tirent un parallèle entre Children Of Men et V For Vendetta de James McTeigue (principalement pour la description d'une Angleterre ayant sombré dans le fascisme dans un futur proche), mais cette comparaison me semble relativement superficielle. Le parti pris de Cuarón, ainsi que certains aspects du scénario, m'évoquent beaucoup plus le récent War Of The Worlds de Steven Spielberg : les deux films optent pour une narration qui reste constamment au niveau du personnage principal (Clive Owen dans Children Of Men, Tom Cruise dans War Of The Worlds), ce qui a pour effet de donner au spectateur une vision toujours incomplète de la situation, renforçant le sentiment d'incertitude et de danger dans le film, favorisant l'identification du spectateur au personnage, et favorisant tout simplement l'immersion dans le film.

Par ailleurs les deux films, et c'est là le plus important à mes yeux, se basent sur un scénario très linéaire (essentiellement un road movie) servant de prétexte pour aligner des scènes qui explorent la face sombre de l'âme humaine. Mais si War Of The Worlds était plutôt centré sur l'individu forcé de faire face à ses peurs souterraines, Children Of Men fait la part belle à une problématique sociale, en dépeignant une Angleterre qui se présente comme le dernier bastion de la civilisation et ne recule devant rien pour préserver l'ordre à l'intérieur de ses frontières --quitte à verser dans les pires extrêmes. A ce titre, le film n'hésite pas à évoquer les épisodes les plus sinistres de l'histoire du XXe siècle sous une forme à peine déguisée. Les immigrants clandestins sont traqués, parqués et traités comme des animaux, et les forces de l'ordre n'en sont plus à une exécution sommaire près. Pour autant, le film n'est pas un simple brûlot contestataire et anti-gouvernemental, puisque les "gentils résistants" se révèlent tout autant (sinon plus) désespérés et brutaux que leurs ennemis.

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Film pessimiste (mais pas totalement désespéré pour autant), Children Of Men s'attache donc à décrire un monde que le désespoir a privé de toute dignité et de tout sens moral. Il est porté par une brochette d'acteurs irréprochables, des effets spéciaux discrets mais très réussis (omniprésence des écrans publicitaires dans la ville, par exemple) et une caméra viscérale, presque organique, qui donne l'impression d'être un personnage à part entière. Certaines scènes sont de véritables morceaux de bravoure et témoignent de la très grande maîtrise formelle d'Alfonso Cuarón : la voiture prise d'assaut par la foule et poursuivie par des motards, la fuite de la ferme à bord d'un véhicule qui ne démarre pas (à la fois comique et terriblement angoissant) ou encore Clive Owen qui tente de pénétrer dans un bâtiment assiégé par l'armée (un impressionnant plan séquence de plus de cinq minutes).

Au final, même si on peut se sentir légèrement déçu par ce scénario très linéaire (bien qu'il soit, à mon avis, plus riche qu'il n'y paraît), il est difficile de rester indifférent devant Children Of Men. Refusant tout compromis, Alfonso Cuarón impressionne durablement le spectateur en lui montrant que les pires cauchemars du XXe siècle n'attendent qu'une occasion pour refaire surface. Une oeuvre en forme de mise en garde, donc, et qui n'a pas à rougir de la comparaison avec les plus grands classiques du cinéma d'anticipation.

Commentaires

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Lo

Merci pour la critique, on hésitait à aller le voir...

Dans un autre registre, on a été voir "The Prestige" qui s'avère vraiment excellent. L'histoire est narrée selon deux ou trois temps, ce qui laisse perplexe au début (surtout qu'on annonce la fin dès les premières minutes). >>J'ai enlevé une grande partie de mon texte qui était trop révélatrice du dénouement<<. Globalement, on a vraiment beaucoup aimé! A part ça, je ne sais pas pourquoi mais je n'arrive pas à vraiment aimer Christian Bale, j'ai parfois l'impression qu'il en fait trop, bizarre.

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s427

Children Of Men vaut la peine d'être vu à mon avis, mais il faut savoir que c'est plutôt un film éprouvant. Haveaniceday

Pour The Prestige, je l'ai vu aussi et j'hésitais à en faire un billet. J'ai beaucoup aimé également. Le scénario est extrêmement bien ficelé. Christian Bale ne me dérange pas particulièrement, mais c'est vrai qu'il a un style très "intense". Par contre je commence à avoir beaucoup de sympathie pour Hugh Jackman (j'attends The Fountain avec impatience) et ça me fait toujours plaisir de voir Michael Caine (qui est aussi dans Children Of Men d'ailleurs).

Il y a aussi Babel qui est magnifique.

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