Vous êtes ici

Le monde inverti

The Inverted World
de Christopher Priest, 1974

"J'avais atteint l'âge de mille kilomètres."

C'est par cette phrase étonnante que débute ce roman fascinant et hautement atypique. Comme je suis en train de le relire, j'en profite pour en faire un résumé plus ou moins précis, afin de pouvoir éventuellement m'y référer à l'avenir. Cela veut dire que ce texte contient des spoilers que vous souhaiterez peut-être éviter si vous avez l'intention de lire ce livre et de conserver intact le plaisir de sa découverte.

Vous voilà donc averti(e). Qui que vous soyez. En supposant que vous existez. Secretlaugh

Ce long résumé est suivi d'une série de commentaires personnels que m'a inspiré la seconde lecture de ce roman.

Pour accéder directement aux commentaires, cliquez ici.

Première partie (découverte de la ville)

(focalisation interne, narration à la première personne)

Helward Mann est un jeune homme qui est né et a grandi dans la cité "Terre", une ville entièrement repliée sur elle-même. Pour des raisons qu'ils ignorent, ses habitants n'ont pas le droit de sortir de la ville, et la plupart n'ont qu'une idée très vague du monde dans lequel ils vivent. Les seuls autorisés à quitter la ville sont les membres des différentes guildes qui en assurent le bon fonctionnement. Le roman débute par la cérémonie durant laquelle Helward Mann est admis au sein de l'une de ces guildes --la Guilde des Topographes du Futur, suivant le choix qu'il a lui-même formulé. Il doit alors prêter serment et jurer de ne jamais parler de ses activités à l'extérieur de la ville à des gens qui ne sont pas membres d'une guilde majeure (c'est à dire, aux gens qui restent confinés dans la ville). Tout parjure serait puni par la mort. A la fin de la cérémonie, son père (membre de la Guilde du Futur également) annonce publiquement le mariage arrangé de Helward, avec une fille nommée Victoria, que ce dernier connaît à peine.

Il existe six guildes majeures dans la ville, et durant la période d'apprentissage qu'il va traverser, le jeune Helward va devoir travailler pour chacune d'elles successivement, avant de pouvoir enfin travailler dans celle qui est réellement la sienne. On apprend que la ville se meut constamment sur des rails qui sont construits devant elle, au fur et à mesure de sa progression --et démontés derrière elle, de la même manière. La ville reste immobile pendant que les rails sont démontés à l'arrière et remontés à l'avant, puis, lorsque quelques kilomètres de rails sont posés, des câbles sont tendus à l'avant, et les treuils motorisés qu'abrite la ville sont mis en marche. Se "hissant" sur ses câbles, la ville avance alors, très lentement, jusqu'à parvenir à l'extrémité des rails. Puis toute l'opération reprend. En moyenne, la ville avance d'un kilomètre en dix jours.

Les six guildes majeures sont :

  • la Guilde des Voies (responsable du démontage et montage des voies de la ville),
  • la Guilde de la Traction (chargée d'assurer le fonctionnement des treuils, mais également des questions "urbaines" liées à la structure de la ville),
  • la Guilde des Ponts (chargée de bâtir des ponts lorsque surgit un obstacle tel que rivière ou ravin),
  • la Guilde de la Milice (chargée d'assurer la protection de la ville),
  • la Guilde des Échanges (qui s'occupe de faire du commerce avec les populations indigènes des terres que traverse la ville --principalement pour recueillir de la main-d'oeuvre temporaire affectée à la Guilde des Voies)
  • et la Guilde du Futur (qui explore et cartographie le territoire à l'avant de la ville afin de permettre de tracer le meilleur itinéraire pour celle-ci).

Les agissements de ces six guildes sont orchestrés par la Guilde des Navigateurs, sorte de commandement suprême.

Lors de sa première excursion à l'extérieur de la ville, Helward assiste au lever du soleil, et il est très étonné de constater que celui-ci n'a pas une forme sphérique, comme il s'y attendait. Au lieu de ça, le soleil a la forme d'un disque aplati; en son centre, de chaque côté, s'élève comme une sorte de flèche de lumière (difficile à décrire, donc jetez un oeil à l'illustration de couverture de l'édition Folio --l'image en tête de ce billet-- qui est assez fidèle à ce que l'auteur décrit; très belle illustration signée Manchu, soit dit en passant).

Helward Mann apprend que la ville se meut toujours vers le nord, en direction d'un point nommé l'Optimum. Pour une raison mystérieuse, il est vital, pour l'avenir de la ville, de se rapprocher autant que possible de l'Optimum. Mais celui-ci se déplace constamment vers le nord (à raison d'environ un kilomètre tous les dix jours), et la ville reste toujours à quelques kilomètres au sud de celui-ci --un retard qui est acceptable, mais ne doit surtout pas s'accroître au-delà d'une certaine limite. Ce perpétuel mouvement forcé conditionne la perception du temps dans la ville : on compte le temps en kilomètres (d'où la fameuse phrase d'ouverture du roman : J'avais atteint l'âge de mille kilomètres.), et on identifie le nord avec le futur, et le sud, avec le passé (les gens qui s'aventurent au nord de la ville parlent de "voyager vers le futur"; et si c'est au sud, "voyager vers le passé").

Passant successivement de la Guilde des Voies à celle de la Traction, puis à celle de la Milice et à celle des Échanges, Helward (et le lecteur) en vient à mieux connaître le fonctionnement des différentes guildes. Il constate (sans le comprendre) que les rails qui sont restés trop loin au sud de la ville semblent subir une déformation (ils sont comme légèrement gondolés) et sont moins facilement réutilisables. Par ailleurs, il est particulièrement choqué lorsqu'il apprend qu'une fonction importante de la Guilde des Échanges consiste à monnayer des femmes, parmis les population indigènes, et à les faire venir dans la ville afin qu'elles y enfantent. Un grave problème de population frappe en effet la ville : les femmes de la ville, lorsqu'elles donnent la vie, enfantent majoritairement des garçons. La population féminine de la ville doit donc être perpétuellement renouvellée par l'apport de femmes en provenance de l'extérieur de la ville. Une fois que celles-ci ont enfanté, elles sont libres de repartir; si elles ont donné naissance à un garçon, elles peuvent choisir de le prendre avec elles; mais si c'est une fille, elles doivent la laisser à la ville.

Cette façon de faire provoque beaucoup de ressentiment dans les populations indigènes avec lesquelles la ville marchande (et que les miliciens nomment "tooks"). Et ce d'autant plus que les territoires traversés sont plutôt désertiques, les villages sont pauvres et la ville peut facilement imposer ses conditions (à la fois pour la main-d'oeuvre ouvrière affectée aux voies, et pour les femmes "empruntées" par la ville).

Durant ce temps, Helward apprend à mieux connaître sa femme, Victoria. D'abord plutôt crispée, leur relation se fait plus chaleureuse. Ils en viennent à s'apprécier suffisamment pour envisager de passer leur vie ensemble. Mais Victoria souffre de l'ignorance dans laquelle elle est tenue (par rapport à ce qui se passe l'extérieur de la ville) et presse Helward d'incessantes questions sur son travail. Tiraillé entre l'insistance de sa femme et le serment qu'il a prêté à son entrée dans la guilde, Helward finit néanmoins par révéler à Victoria des bribes d'informations sur son travail.

Puis surgit un obstacle pour la ville : le chemin choisi par les Navigateurs lui fait rencontrer un profond ravin. Un pont doit être construit. La ville est encore à quelques kilomètres du ravin, mais on débute immédiatement la construction du pont, afin d'éviter au maximum de retarder la progression de la ville. Les différentes guildes sont mises à contribution pour réaliser cet ouvrage considérable (sous la direction de la Guilde des Ponts), mais malgré tous ces efforts, la ville prend plusieurs kilomètres de retard sur l'Optimum. Le pont est finalement construit et franchi. Durant la phase de traction, un câble se rompt brutalement et fauche une rangée de miliciens, qui sont tués sur le coup.

Deuxième partie (découverte du monde)

(focalisation externe, narration à la troisième personne, mais on suit toujours Helward Mann)

Helward arrive à la fin de sa période d'apprentissage. Au détour d'une discussion, il apprend (sans le comprendre vraiment) que l'Optimum, en réalité, est immobile; c'est le sol qui se déplace du nord au sud.

Avant qu'il puisse intégrer la guilde qui est la sienne (les Topographes du Futurs), il lui reste une mission à accomplir : il doit "voyager vers le passé". Vers le sud. Le but de son voyage est de raccompagner trois femmes autochtones, qui ont donné des enfants à la ville et souhaitent maintenant regagner leur village d'origine, soixante kilomètres dans le "passé" de la ville. Apparemment, tous les apprentis d'une guilde ou d'une autre se voient assigné une mission du même genre vers la fin de leur formation. Le Navigateur qui lui donne cet ordre prévient Helward que ce voyage risque de prendre beaucoup plus de temps qu'il ne s'y attend. Sa femme étant sur le point d'accoucher, Helward demande à ce que le voyage soit reporté, afin de lui permettre d'être à ses côtés durant cet événement. Un refus ferme lui est opposé. Il part quelques jours plus tard. On lui explique que ce voyage lui permettra de comprendre beaucoup de choses qui lui semblent encore mystérieuses.

Le voyage (à pied) s'avère pénible. La chaleur est accablante et Helward porte une quantité importante de vivres et de matériel qu'on lui a vivement recommandé de prendre (bien qu'il n'en voie pas l'utilité). Les trois femmes (qui parlent espagnol, langue que Helward comprend mal) sont distantes, voire désagréables. L'une d'entre elles a choisi d'emporter avec elle son bébé (un garçon). La progression est lente, les haltes fréquentes. Au fil des jours, l'ambiance se détend (deux des femmes vont même jusqu'à s'offrir à Helward), mais le corps des trois femmes supporte de moins en moins la nourriture emportée de la ville. Parallèlement, le bébé commence à rejeter le lait de sa mère. Helward continue de manger la nourriture de la ville (on lui a recommandé de ne pas goûter aux nourritures autochtones lorsqu'ils s'éloignerait de la ville) et ne souffre aucunement. Il en vient à la conclusion que, au fur et à mesure qu'ils s'éloignent de la ville (et de l'Optimum), une incompatibilité de plus en plus grande se développe entre ce qui provient de la ville et ce qui n'en provient pas. Il conseille aux femmes de manger des fruits qu'elles trouvent dans les terres qu'ils traversent, pendant que lui et le bébé (qui est né dans la ville) continuent de manger la nourriture synthétique produite par la ville. Cela semble en effet résoudre le problème.

Le groupe continue sa progression vers le sud, en suivant les traces laissées dans le sol par les rails de la ville. Au bout d'un certain temps, Helward commence à remarquer que ces traces n'ont pas les dimensions qu'elles devraient avoir : elles sont comme étirées, c'est à dire nettement plus larges dans un sens, et plus étroites dans l'autre sens (axe nord-sud). Traversant des lieus qu'il se souvient avoir arpentés lorsque la ville s'y trouvait, il constate que le paysage lui-même commence à subir ce genre de déformations. Pire : les femmes qui l'accompagnent, aussi. Leurs membres (et tout leur corps) sont de plus en plus courts et de plus en plus épais. Le timbre de leur voix se fait plus aigu et leur débit plus rapide. Et ces déformations, qui n'affectent pas leurs vêtements (fabriqués à la ville) ni le bébé, vont en s'accélérant. Bientôt les femmes ont perdu tout aspect humain; elles mesurent moins de trente centimètres de haut et plus d'un mètre de large...

Affolé, Helward leur demande de l'attendre et se dirige vers le sud. Les déformations du paysage sont telles qu'une chaîne de montagnes lui apparaît maintenant comme un petit monticule rocheux. Au fur et à mesure de sa progression, Helward ressent de plus en plus fortement une force qui l'attire physiquement vers le sud. A un tel point qu'il finit par tomber au sol et rouler de lui-même, comme sur une forte pente, en direction du sud. Il parvient à s'immobiliser in extremis et se redresse : les nuages sont maintenant au niveau de ses pieds. Helward contemple le monde dans lequel il vit : c'est un disque aplati, qui semble s'étendre de tous côtés sans limites. Regardant vers le nord, il constate que le disque s'élève en son centre pour former une pointe de plus en plus fine, qui semble elle aussi ne pas avoir de fin. Helward s'étonnait de la curieuse forme du soleil; il se rend maintenant compte que le monde dans lequel il vit a la même forme.

Helward remonte vers le nord; il ne retrouve pas les femmes qu'il avait laissées et décide de regagner la ville. Au fur et à mesure de sa progression, le paysage reprend des proportions normales. Mais le voyage est plus long que prévu. Il en déduit que la ville a rencontré un terrain favorable qui lui a permis d'avancer plus vite que de coûtume.

En chemin, il rencontre un homme de la milice. D'abord agressif et méfiant, celui-ci se révèle être un ancien ami d'enfance, Jase. Il lui explique que les tooks (les indigènes) deviennent de plus en plus hostiles envers la ville, et des plus en plus organisés. Ils ont tué plusieurs apprentis de la ville (en voyage vers le passé, comme Helward) et utilisent leurs vêtements pour tromper la vigilance de la milice. A l'arrivée de la ville dans cette portion du monde, il n'y avait guère que des villages misérables et coupés les uns des autres; mais depuis, les choses ont évolué, des lignes de communication ont été établies. Une entente semble se former entre les différents villages, et la ville semble être menacée. Il arrive même que les femmes tooks qui ont séjourné dans la ville soient tuées durant leur retour chez elles. (Jase explique aussi à Helward qu'en voyageant à l'écart du chemin suivi par la ville, il a découvert une "vraie" ville, avec des bâtiments construits à même le sol; ce spectacle l'a ému, mais la ville était quasiment déserte.)

Continuant ensemble leur chemin vers le nord, Helward et Jase rattrapent bientôt la ville. Pendant leur absence, une attaque took a eu lieu. L'arrière de la ville est sérieusement endommagé, les crèches ont été détruites, les enfants sont morts. Le père de Helward également. Victoria a donné naissance à un garçon, mais lui aussi a péri durant l'attaque. Et Victoria a signé un formulaire pour résilier leur mariage. En temps subjectif, Helward s'est absenté durant cinq kilomètres. Mais du point de vue de la ville et de ses habitants, il est resté absent cent seize kilomètres (si on fait le calcul 1km = 10 jours, ça fait plus de trois ans).

Troisième partie (la ville remise en question)

(retour à la focalisation interne, narration à la première personne; toujours Helward)

La ville continue d'essuyer des attaques de la part des tooks. Comme elle est construite essentiellement en bois, les bombes incendiaires font d'importants dégats. Mais la défense s'organise et la ville continue d'avancer. Depuis son voyage vers le passé, Helward comprend mieux l'absolue nécessité de toujours avancer vers le nord : plus au sud, les déformations rendent le monde invivable, et la force centrifuge du disque planétaire mettrait la ville en péril. Il n'est plus question de faire appel à la main d'oeuvre locale pour construire les rails, et c'est la population de la ville qui est mise à contribution. Le secret n'existe plus, et le système des guildes commence à s'effondrer. Il garde néanmoins sa fonction première, qui est de faire avancer la ville.

Helward commence enfin son travail dans la Guilde du Futur. En compagnie d'un confrère plus expérimenté, il voyage cette fois vers le "futur", dont il dresse la carte sur les kilomètres à venir. Le travail est plutôt paisible et lui permet de réfléchir à tout ce qu'il a découvert durant son voyage vers le passé. Il essaye de mettre ces connaissances en parallèle avec l'enseignement, lacunaire et décalé, qu'il a reçu durant son enfance dans la ville. En quoi cet enseignement le préparait-il à faire face à ces révélations ? Tous les points de repères que construisait cet enseignement étaient centrés sur la planète Terre, et Helward ignore au juste sur quel monde il se trouve réellement... A force de réflexion, il se rend compte que les connaissances assimilées durant son enfance sont, dans une certaine mesure, applicables au monde qu'il connaît et constituent une sorte de préparation détournée, indirecte, à la découverte de celui-ci. Même les matières les plus abstraites, comme les mathématiques, l'ont préparé à découvrir la vraie nature du monde dans lequel il vit (notamment en dessinant la courbe d'une fonction exponentielle qui en représente très précisément la forme --en plan de coupe).

De retour à la ville après un voyage de trente jours, Helward s'aperçoit que trois jours seulement se sont écoulés dans la ville. A l'inverse de ce qui se produit au sud, le temps s'écoule plus lentement dans le nord. Il comprend également que l'Optimum est simplement le point de ce monde où le temps et l'espace sont les plus semblables aux conditions qui règnent sur la planète Terre.

Sa curiosité éveillée, Helward décide de consulter la Directive de Destaine, écrite par le "père fondateur" de la cité Terre. Il peut ainsi retracer son évolution : la mise au point du système de traction, l'apparition des différentes guildes, le choix de "clore" la cité sur elle-même. Destaine considère que la planète Terre est hors de portée et qu'il faut se contenter de survivre à tout prix dans ce monde hostile en espérant que des secours finissent par arriver. Concernant le monde sur lequel ils évoluent, Destaine formule l'hypothèse suivant laquelle le déplacement du sol irait en s'accélérant au fur et à mesure qu'il s'éloignerait du centre (le nord), jusqu'à une distance théorique infinie. En pratique, le disque aurait pour limite la distance à laquelle le mouvement du sol atteindrait la vitesse de la lumière et où la matière se transformerait en énergie. La "pointe" du disque (au nord) serait également infinie. Le monde aurait également un "hémisphère sud" qui aurait la même configuration mais connaîtrait le mouvement inverse : le sol partirait des bords aplatis du disque et "remonterait" jusqu'à la pointe du pôle sud. Les deux pôles opposés se rejoindraient à l'infini, et la matière suivrait un mouvement clos, cyclique : partant du pôle nord, elle descendrait vers l'équateur (les bords aplatis du disque) et passerait dans l'autre hémisphère où elle remonterait de l'équateur jusqu'au pôle sud, avant de se retrouver à nouveau au pôle nord, où elle recommencerait sa course. Destaine établit également la fonction mathématique qui décrit la courbe de ce "monde inverti" : il s'agit simplement d'une fonction de valeurs inversées, soit y=1/x.

A l'extérieur de la ville, les attaques tooks ont cessé. Les tooks se sont disperés et ont regagné leurs villages, plus au sud. Le moral dans la ville est au beau fixe. La pose des voies avance plus vite que jamais, et un nouveau système de traction continue permet à la ville de rattraper son retard sur l'Optimum. A l'intérieur de la ville, les mentalités évoluent. Les gens savent maintenant que la ville avance et en déduisent que c'est de là que proviennent tous leurs problèmes (notamment avec les populations indigènes). Les gens sortent de la ville et découvrent un monde qui n'a rien d'hostile à la vie. Un mouvement de protestation, les Terminateurs, prend naissance. Il souhaite que la cité cesse définitivement d'avancer. Malgré un nombre croissant de partisans, ce mouvement ne possède aucun pouvoir, et la cité continue sa progression. Mais l'opinion publique est de plus en plus polarisée. On décide de mieux informer les gens sur la nature du monde dans lequel ils vivent, et sa forme si particulière; cependant, Helward soupçonne cet enseignement d'être de nature bien trop théorique pour réellement convaincre les gens.

Helward a rencontré Victoria. Celle-ci fait partie du mouvement des Terminateurs. Elle tient le système des guildes pour responsable de l'échec de leur mariage (ayant forcé son mari à s'éloigner d'elle pendant plusieurs années), des agressions subies par les tooks, et, par conséquent, de la mort de son fils. Helward se pose en défenseur du sytème des guildes, dont il perçoit la nécessité sans parvenir à l'expliquer clairement à Victoria. Leur désaccord est profond, et leur rupture définitive.

Le problème démographique de la ville subsiste cependant. Plusieurs femmes tooks ont décidé de rester définitivement dans la cité, mais il s'avère qu'elles donnent, elles aussi, naissance à une majorité de garçons. Avec prudence, on décide de remettre en place le système de marchandage lié à la Guilde des Échanges (à la fois pour de la main d'oeuvre affectée aux voies, et pour des femmes destinées à procréer pour la ville), mais en étant plus diplomate et plus généreux envers les tooks. Helward se lie avec une femme nouvellement arrivée dans la ville, et celle-ci lui donne deux enfants (des jumeaux : un garçon et une fille), après quoi elle quitte la ville.

Poursuivant son travail de Topographe du Futur, Helward prend conscience qu'en raison de la différence d'écoulement du temps dans le nord (où il passe la majeure partie de son temps), il vieillit bien plus vite que les habitants qui restent dans la cité. Perdant ainsi ses attaches sociales, il en vient à se considérer comme un inadapté de la société (sentiment partagé par la plupart des membre de sa guilde). La ville lui semble se mouvoir plus lentement que jamais, et il développe un esprit de plus en plus distant et solitaire. Il commence à s'adonner au dessin.

Quatrième partie (le monde remis en question)

(de nouveau, focalisation externe, narration à la troisième personne)

Le récit se focalise maintenant sur une personne extérieure à la ville, Elizabeth. Elle travaille dans un village took et aperçoit deux hommes venus à cheval discuter avec le chef du village. Elle se demande d'où peuvent venir ces hommes. L'entretien terminé, les deux hommes repartent et se séparent. Elle décide d'en suivre un. Elle le rattrape dans la forêt, où il s'est arrêté pour se rafraîchir auprès d'un cours d'eau. Elle l'observe un moment, puis se montre. L'homme s'appelle Helward, il parle un anglais légèrement étrange. Elle-même parle anglais couramment (contrairement aux indigènes de la région, dont elle-même ne fait pas partie). Helward lui dit venir d'une ville au sud. Il reste évasif sur son origine et son travail. Une certaine sympathie se développe néanmoins entre les deux. Avant de repartir, Helward lui demande la permission de la dessiner. Elle accepte, et lorsqu'elle voit le résultat, elle est étonnée de voir qu'il l'a dessinée très grande et fine. Le soleil n'est pas dessiné de façon sphérique, ce qui la surprend également. Helward lui offre deux de ses dessins. Enfin, chacun repart de son côté.

On apprend qu'Elizabeth est originaire d'Angleterre, et que le monde sur lequel on se trouve est bien la Terre. Elizabeth fait partie d'une mission humanitaire venue travailler dans cette région du monde pour en améliorer le niveau de vie. Nous sommes en l'an 2200 environ. Il y a eu, aux environs du 21ème siècle, une catastrophe nommée l'Effondrement. Sa nature n'est pas évoquée avec précision, mais le monde a ensuite sombré dans une période de barbarie dont il commence à peine à sortir. La ville a commencé sa progression à cette période environ, pour survivre dans un monde devenu brusquement hostile.

Le lendemain, Elizabeth retrouve Helward. Lorsque celui-ci comprend qu'elle est originaire de la planète Terre (d'Angleterre), il s'enthousiasme, croyant les secours enfin arrivés. Elizabeth essaye de lui faire comprendre qu'il se trouve déjà sur Terre, mais Helward ne la comprend pas. Effrayée par ses propos incohérents, elle s'enfuit.

Quelques jours plus tard, les envoyés de la ville sont de retour au village. Ils ont passé un marché avec le chef du village : divers produits dont les villageois ont grand besoin --en échange de dix femmes du village, et contre la garantie qu'elles seront bien traitées et libres de retourner chez elles quand leur "devoir" sera terminé. Les femmes ne sont pas d'accord, mais la décision du chef du village est prise. Elizabeth se fait passer pour une villageoise et prend la place de la plus jeune des femmes censées partir pour la ville.

Arrivée à la ville, Elizabeth commence à comprendre (partiellement) le point de vue de ses habitants. Elle lit la Directive de Destaine (dont le nom lui évoque quelque chose... un penseur brillant mais néanmoins dans l'erreur), qui est maintenant distribuée un peu partout. Elle retrouve Helward et tente de lui faire entendre raison (le monde n'est pas inverti, la ville ne risque rien si elle s'arrête d'avancer), mais Helward, fort de son expérience dans le sud (qui correspond en fait, du point de vue d'Elizabeth, au nord-est), refuse de remettre sa vision du monde en question. Deux logiques totalement antinomiques s'affrontent. Le dialogue est impossible. Elizabeth demande à quitter la ville. Helward accepte, mais lui demande de l'accompagner dans le "nord", car il a découvert quelque chose qu'il ne comprend pas.

Tous deux partent à cheval, accompagnés d'un confrère de Helward. Après un long trajet, ils arrivent face à... la mer. Helward informe son collègue qu'il n'a trouvé aucun moyen de contourner cette immense étendue d'eau. Ils ne savent pas comment fera la ville pour la traverser. Elizabeth essaye de leur faire comprendre qu'ils sont au Portugal, en Europe, sur Terre. Ils ne l'écoutent pas. Elizabeth les quitte et retourne chez elle.

Cinquième partie (un nouveau monde)

(focalisation interne, narration à la première personne : Helward)

Personne dans la cité ne comprend ce qu'est un océan, et tout le monde est persuadé qu'il s'agit simplement d'un très large fleuve. La cité est encore environ quarante kilomètre au sud de la mer, et l'Optimum la devance d'une dizaine de kilomètres. On décide de s'atteler immédiatement à une tâche prioritaire : construire un pont pour permettre à la ville de traverser le "fleuve". Une grande partie de la population de la ville y participe. Bien que le pont soit régulièrement détruit par les tempêtes et les marées, le projet n'est pas abandonné. Helward et d'autres entretiennent l'espoir qu'avec l'approche de l'Optimum, le "fleuve" se contracte suffisamment pour que sa rive opposée devienne visible. Helward est maintenant aussi âgé que Lerouex, le père de Victoria; les deux hommes sont responsables du chantier et se sentent dépassés par l'immensité de leur tâche, sans pourtant pouvoir envisager une autre solution. Tous deux sont pressentis pour devenir Navigateurs.

Dans la ville elle-même, l'agitation politique est à son comble. Les Navigateurs envisagent de construire un bateau et d'abandonner la cité, pour la reconstruire de l'autre côté du "fleuve". Helward est farouchement opposé à l'idée. Les Terminateurs sont plus virulents que jamais et contribuent à ralentir la progression de la ville. Ils se préparent à faire leur premier rassemblement public. Jase décide d'y assister. Helward est farouchement opposé à cette idée, mais s'y laisse entraîner malgré tout. Quasiment toute la population de la ville est présente.

Divers orateurs se succèdent pour plaider la cause des Terminateurs, notamment Victoria, puis son père qu'elle a convaincu de donner son point de vue en public. Pour finir, Elizabeth, qui est revenue d'Angleterre, prend la parole. Durant son absence, elle a fait des recherches au sujet de la cité Terre, et elle est maintenant à même d'en retracer l'histoire.

Francis Destaine était un physicien travaillant en Angleterre peu avant que la pénurie définitive des sources d'énergie fossile marque la fin de la civilisation technologique occidentale (événement connu sous le nom d'Effondrement). A peu près à cette période, Destaine avait développé un générateur qui permettait de fournir de l'énergie électrique en quantité apparemment illimitée. Mais ce générateur dépendait d'un champ (que Destaine appellait "fenêtre de translatération") qui se déplaçait lentement à la surface de la planète, suivant une ligne désignée comme le Grand Cercle. Ses collègues ayant jeté le discrédit sur ses travaux, Destaine parvint à réunir suffisamment de fonds chez des investisseurs privés pour monter une station d'étude consacrée au phénomène. Accompagné d'un grand nombre d'assistants, il partit pour la Chine, où se trouvait la fenêtre naturelle de translatération. On n'entendit plus jamais parler de lui.

Destaine n'avait pas tenu compte des effets secondaires dont l'avaient averti d'autres savants : le générateur de translatération pouvait altérer de façon permanente les perceptions des gens qui vivaient à proximité, et engendrer des désordres génétiques héréditaires. C'était ce qui était arrivé aux gens de la cité Terre : celle-ci était en réalité la station de recherche fondée par Destaine, et son générateur continuait de l'alimenter, en l'enrobant d'un puissant champs magnétique. Suivant la fenêtre de translatération le long du Grand Cercle, la cité Terre avait traversé l'Asie et l'Europe pour finalement arriver en vue de l'Océan Atlantique.

Helward quitte ce rassemblement en passant à côté de l'estrade. Il refuse toujours de remettre sa conception du monde en cause. Elizabeth le reconnaît et l'appelle, mais il ne répond pas. Il quitte la ville pour retourner auprès du pont en construction. Peu de temps après, Elizabeth le rejoint. Elle lui apprend que le générateur a été désactivé par la Guilde de la Traction. Que dans le reste du monde, personne ne se soucie de l'existence ou du destin de la cité Terre. Que de nombreuses autres fenêtres naturelles de translatération ont été découvertes, et que la technologie développée par Destaine fait maintenant partie de la vie courante. Que la civilisation est en train de renaître. Helward refuse d'entendre raison.

Durant leur trajet, ils croisent les gens qui reviennent du chantier du pont, maintenant abandonné. Une fois sur place, Helward s'avance jusqu'au bout du pont et contemple le soleil (à la forme si particulière) qui est en train de se coucher. Il saute à l'eau et commence à nager vers le large. Elizabeth, qui s'est arrêtée au bout du pont, le suit des yeux. Helward contemple le soleil qui disparaît derrière l'horizon. La nuit tombe. Helward regagne la plage.

- FIN -

Commentaires

Le monde inverti est un roman dont les multiples facettes peuvent renvoyer à de nombreux thèmes différents. Lapidairement résumé, il s'agit de la confrontation entre deux façons de percevoir le monde qui semblent incompatibles.

Métaphore d'une révolution scientifique ?

La science est évidemment au coeur du roman. La cité Terre est le fruit des recherches d'un scientifique (Destaine), et une équation mathématique (y=1/x) sert à décrire la forme hyperbolique du monde dans lequel Helward évolue. On peut très facilement considérer la cité comme une métaphore de la science, et le roman, comme la description allégorique d'une révolution scientifique.

Dans son essai La structure des révolutions scientifiques, Thomas Kuhn affirme que la science (la science dans son ensemble, ou un domaine scientifique en particulier) évolue au sein d'un paradigme constitué d'un ensemble de croyances, d'outils, de méthodes et d'objectifs. En temps normal, le travail d'un scientifique n'est pas de révolutionner son domaine théorique, mais simplement d'effectuer, de façon routinière, le plus grand nombre de mesures expérimentales possibles, afin de tester la précision et l'exactitude du paradigme en vigueur. On construit des instruments de mesure de plus en plus précis, afin de vérifier si les prédictions données par le paradigme (l'ensemble de croyances théoriques sur ce que le monde est) se vérifient. Si l'on s'aperçoit que ces mesures ne correspondent pas à ce qui était annoncé par la théorie, alors le paradigme doit être ajusté afin d'englober ces irrégularités. Lorsqu'un paradigme est confronté à un nombre toujours croissant de données objectives "incorrectes", et que tous les ajustements apportés au paradigme ne font que compliquer le problème, on commence à considérer ce paradigme comme obsolète. C'est alors que survient la "révolution scientifique" proprement dite. Un esprit "frais", souvent étranger au domaine scientifique concerné, apporte une nouvelle façon de voir les choses, c'est à dire : un nouveau paradigme. Bien sûr, celui-ci n'est pas accepté d'emblée par toute la communauté scientifique concernée, mais il finit par s'imposer comme étant une façon plus efficace, économique et précise de décrire le monde. Ce changement de paradigme entraîne non seulement de nouvelles croyances sur la nature du monde, mais également de nouveaux outils pour le mesurer, de nouvelles méthodes de travail, et de nouveaux objectifs scientifiques.

Tout ce qui précède est un résumé très sommaire, mais que j'espère plus ou moins fidèle, des propos de Kuhn. Partant de là, on peut transposer quasiment mot pour mot ce résumé sur l'histoire du monde inverti. La cité Terre représente le paradigme établi par Destaine, avec son ensemble de croyances (le monde en forme d'hyperbole, le sol qui se déplace "sous" l'Optimum, les déformations spatio-temporelles au nord et au sud), de méthodes (les différentes guildes qui font avancer la ville) et d'objectifs (rattraper l'Optimum). Kuhn définit un paradigme comme un cadre conceptuel suffisamment solide pour "soustraire un groupe cohérent d'adeptes à d'autres formes d'activités concurrentes" et "ouvrir des perspectives suffisament vastes pour fournir à ce nouveau groupe de chercheurs toutes sortes de problèmes à résoudre". Dans les faits, cela décrit parfaitement la cité Terre. Les guildes des Voies et de la Traction font avancer la cité vers l'Optimum, les Topographes du Futur effectuent des relevés du monde vers lequel la cité se dirige, la guilde des Ponts intervient en cas d'obstacle plus sérieux que d'ordinaire... Toutes ces activités peuvent être comparées au travail d'un scientifique "basique", qui vit dans un paradigme qu'il cherche à vérifier, à étayer, à renforcer et à protéger. Un regard extérieur, celui d'Elizabeth (dont le nom de famille est Khan... étonnante ressemblance avec Kuhn...), vient remettre en cause ce paradigme, mais ne fait pas le poids face à des habitudes solides qui ont fait leurs preuves depuis des centaines d'années. Il faut attendre que survienne un obstacle insurmontable (la mer), qui va considérablement affaiblir cet univers clos, pour que ce point de vue nouveau puisse réellement se faire entendre, puis s'imposer. La cité est alors arrêtée (l'ancien objectif n'a plus de sens), le pont en construction abandonné (les anciennes méthodes sont obsolètes), et le monde est perçu et compris différemment. Mais certains individus offriront une résistance farouche face à ce changement, qu'ils perçoivent comme une hérésie (Helward).

Pour replacer les choses dans leur contexte, il n'est pas inutile de préciser que La structure des révolutions scientifiques a été publié en 1962 et révisé en 1970. Le monde inverti est sorti en 1974.

Métaphore de la civilisation occidentale ?

La pensée scientifique est intimement liée à la civilisation occidentale. Il peut donc être intéressant de voir la cité Terre (et ses relations avec le monde qui l'entoure) comme une métaphore de cette dernière.

Cette piste est explicitement suggérée par Helward lui-même. Après la révélation bouleversante que représente pour lui la découverte de la vraie nature de son monde (un monde inverti, donc), celui-ci fouille ses souvenirs afin de trouver, dans l'enseignement qu'il a reçu étant enfant, des éléments qui l'auraient inconsciemment préparé à mieux accepter cette incroyable vérité. A la lumière de ses nouvelles connaissances, il en vient à réexaminer chaque facette de cet enseignement (qui était curieusement centré sur la planète Terre et non sur la cité Terre). Il parvient à la conclusion que ces bribes de savoir, malgré leur caractère décalé, ont gardé une utilité certaine et peuvent être appliquées au monde de la cité Terre. Plus particulièrement, il met en parallèle l'histoire de la civilisation occidentale et celle de sa ville.

Le concept de civilisation, très évolué, nous était décrit comme l'état où l'humanité se rassemblait à l'intérieur des cités. Par définition, nous autres, de la cité Terre, étions aussi des civilisés, mais il ne semblait y avoir aucune ressemblance entre notre existence et la leur. La civilisation sur la Terre se confondait avec l'égoïsme et l'avidité... les peuples parvenus à l'état civilisé exploitaient ceux qui ne l'étaient pas. Il y avait sur la planète Terre des pénuries de produits essentiels et les habitants des pays civilisés parvenaient à monopoliser ces produits uniquement parce qu'ils étaient économiquement les plus forts. Ce déséquilibre semblait constituer le point de départ de toutes les querelles.

Soudain je voyais des parallèles entre notre civilisation et la leur. Sans nul doute, si notre cité se trouvait sur le pied de guerre, c'était à cause de la nature de nos rapports avec les tooks. Des rapports qui résultaient directement de notre système de marchandage. Nous les exploitions pour accroître notre richesse, mais nous avions un excédent de produits dont ils étaient démunis : aliments, carburant, matières premières. Notre pénurie, c'était la main-d'oeuvre, que nous leur payions avec nos produits excédentaires.

Le processus était inversé, mais le résultat identique.

Le monde inverti, p.252 de l'édition Folio SF (2002)

De façon générale, le parallèle entre la cité Terre et la civilisation occidentale est rendu particulièrement pertinent par la puissance technologique qui caractérise les deux parties (surtout par rapport à leurs "voisins"). Le rôle de la femme dans la cité Terre, amèrement critiqué par Victoria, est un autre élément plaidant en faveur de cette interprétation. Plus fondamental, le problème de population dont souffre la ville (les nouveaux-nés sont majoritairement des garçons) peut également se comprendre dans cette optique : symboliquement, l'homme est généralement associé à la raison, et la femme à l'intuition. Dominée (pour ne pas dire écrasée, en tout cas enfermée) par un rationalisme en roue libre, il est naturel que la cité Terre favorise la naissance d'individus (d'esprits) masculins.

Le plus ironique dans ce tableau, c'est de constater que toute cette vision du monde et toute cette société résultent d'une simple équation, résultant dans la fameuse hyperbole que Helward qualifie de "valeurs inverses". Se fiant entièrement à une technologie qui a (littéralement) perdu la boule, la société occidentale aurait-elle la tête à l'envers ?

Commentaires

Portrait de cool-dj
cool-dj

bravo tu m'aide beaucoup

merci.

Portrait de ddy
ddy

Bravo, bon résumé.

Cela un bon livre!

Portrait de Greg
Greg

Merci bcp pour ce résumé très instructif, je me rend mieux compte du travaille de l'auteur maintenant.

Ajouter un commentaire